Brève biographie du Bienheureux

Faubourg Bressigny

C’est là, à l’emplacement de cette maison, au numéro 128, que naquit le mardi 19 Décembre 1747, Noël Pinot. Quatre garçons et onze filles avaient précédés le futur bienheureux dans ce foyer d’un Maitre Tisserand. René, son frère ainé, qui deviendra vicaire de Saint Maurille aux Ponts de Cé, était déjà séminariste. Le jour même de ma naissance de Noël, l’avant dernier de la famille, Joseph, meurt.

Dès le lendemain, les cloches de Saint Martin sonnent. Dans l’antique église de style carolingien, Noël Pinot devient Fils de Dieu.

« Le 20° décembre 1747, Noël, né du jour d’hier, fils de René Pinot et de Claude La Croix, son épouse, a été baptisé par nous vicaire soussigné. Ont été parrain Noël Tricot, cousin de l’enfant, de la paroisse Sainte-Croix, et marraine Claude Pinot, sœur dudit enfant, qui ne signe, le père présent et soussigné. »

« René Pinot, Noël Tricot, J.Beron, maire-chapelain et vicaire de Saint-Martin » (Archives de la mairie d’Angers)

Vers l’Autel

En 1765, Noël Pinot a 18 ans. Le petit séminaire Saint-Eloi est installé dans le bâtiment qui entoure maintenant le temple de l’Eglise réformée, son ancienne chapelle. Durant deux ans, le jeune séminariste y suit les cours de philosophie avant de franchir, en 1767, la passerelle qui surplombe encore la rue du Musée et permet d’atteindre le logis Barrault, le Grand Séminaire d’alors. Trois années de théologie préparent Noël à son ordination sacerdotale qu’il a dû recevoir le 22 décembre 1770.

Au lendemain de sa première messe, le Jeune Révérend Pinot est nommé vicaire à Saint-Aubin-de-Bousse, paroisse voisine de Malicorne et qui fait désormais partie du diocèse du Mans.

Coutures

Ce village situé au sud de la Loire, à mi-chemin entre Erigné et Gennes, n’offre sans doute pas aux regards, un panorama bien différent de celui-ci lorsque Noël Pinot y arrive comme vicaire à l’automne 1774. Il y reçoit la charge d’enseigner les garçons de l’école que le Seigneur de Montsabert a ouverte dans son châteaux. Durant les deux années de son ministère à Coutures, Noël Pinot baptise 23 enfants dans la vieille église dont ne subsistent plus aujourd’hui que quelques pans de murs.

Corzé

A la date du 22 Octobre 1776, la signature de Noël Pinot apparait pour la première fois sur le registre de la paroisse de Corzé à 20 km au nord-est d’Angers, où il vient de commencer son troisième vicariat.

Un curé et deux vicaires veillent alors sur 1300 âmes.

M. Pinot y acquiert rapidement l’estime de son curé qui le propose comme chapelain de Saint Avertin.

Cinq année ainsi s’écouleront jusqu’au premiers jour de mai 1781 où le vicaire de Corzé reçoit sa nomination comme Aumônier des incurable d’Angers.

A l’emplacement de cet hôpital s’élèvent aujourd’hui les bâtiments du Haras (patinoire) rue Paul Bert.

 

Quelle est la réputation de Noël Pinot à Angers ? Un de ses amis, Messire Simon-Jean Gruget, nommé en 1784 curé de la Trinité d’Angers, la résume ainsi : « Ce saint ecclésiastique était connu pour tel de toute la ville qui l’a vu naître ». Tous ces pauvres gens, écrit la Marquise de Ségur, lui rendaient amour pour amour, le respectaient comme un saint, et le chérissaient comme un père. Le clergé appréciait la sûreté de son jugement et l’étendue de ses connaissances théologiques. »

Tout en assurant son service d’aumônier, Noël Pinot reprend ses études, suit les cours de l’université durant deux ans, et, le 6 Février 1788, en la Salle des Arts, située rue Basse-Saint-Martin, il est proclamé « Maître ès Arts » et reçoit son diplôme.

Ses références sont désormais suffisantes pour qu’il puisse être nommé curé, et, comme le 2 Septembre, on annonce à Angers la mort du curé du Louroux-Béconnais (Messire Jean Thouin), dès le lendemain Maître Noël Pinot est proposé pour la cure vacante.

A la veille de la Révolution

Noël Pinot prend donc possession de sa charge de « Curé du Loroux », de cette paroisse qui, avec ses 7000 hectares, est la plus vaste de la province d’Anjou.

Son zèle pastoral et son amour des pauvres s’y donnent libre cours malgré les évènements qui deviennent de plus en plus inquiétants.

La page des registres du Louroux nous montre les dernières lignes tracées de sa main :

17 Février 1791 : Baptême de Renée Mercier

18 Février 1791 : Sépulture de Perrine-Mathurine Query

Le gouvernement exige un serment, mais M. Pinot estime qu’il ne peut pas, en conscience, le prêter.

Le dimanche 27 Février, il explique les raisons de son refus -à toute la paroisse réunie- dans le sermon suivant :

« Vous allez sans doute être surpris de m’entendre parler sur les matières que je vais traiter. Je sais bien ce à quoi je m’expose selon les lois civiles, mais ni les tourments, ni les échafauds ne sont capables de m’arrêter. Je le dois à ma conscience, au public que je dois instruire et à Dieu que je viens de recevoir et que je porte dans mon sein. Lui, me commande impérieusement de vous détourner, vous, troupeau qui m’est confié du sentier de l’erreur où vous vous précipitez.

Tant que les lois qu’a faites l’Assemblée Nationale n’ont porté que sur le temporel, j’ai été le premier à m’y soumettre. C’est en raison de cela que j’ai fait ma déclaration pour la contribution patriotique, que j’ai payé les impôts dont on m’a chargé. Mais aujourd’hui qu’elle veut mettre la main à l’encensoir, qu’elle attaque ouvertement les principes reconnus depuis tant de siècles par l’Eglise catholique, apostolique et romaine, mon silence serait un crime. Je dois vous avertir. Tout me commande de vous instruire.

Vous voulez savoir ce qui m’empêche de prêter le serment ? C’est que je ne le puis en conscience. C’est qu’il contrarie la religion. Aussi tous les évêques de France n’ont-ils pas voulu s’y soumettre. Qu’ont demandé les évêques à l’assemblée Nationale ? Ils ont demandé une chose juste. Ils ont demandé un concile où toute l’Eglise de France assemblée eût déterminé les bornes qui doivent exister entre le temporel et le spirituel. Cependant cette Assemblée Nationale, au mépris de tout ce qu’il y a de plus sacré, s’y est refusée. Elle a détaché la France de notre chef visible qui est le Pape, de sorte que ce dernier portera aujourd’hui le nom de Chef des fidèles et n’aura aucune communication avec eux, semblable à un président que vous élirez dans une de vos assemblées et qui, placé à la tribune, n’aurait pas la faculté de s’entretenir avec le moindre votant d’entre vous. Vous voyez donc que cela est évidemment contraire à notre religion…

Nous avions toujours considéré les vœux comme ce qu’il y a de plus sacré, et quiconque les eût ci-devant violés, eût traité d’impie et d’apostat. Cependant l’Assemblée Nationale a jugé à propos de les dissoudre. Elle a dit : « Sortez, religieux et religieuses. » Et les couvents, lieux où habitaient le recueillement et la sainteté, se sont ouverts et trouvés déserts…

Ce monsieur l’évêque qui vient d’être nommé n’aura jamais de pouvoirs ; personne ne lui donnera. En vacance d’un évêque, c’était au chapitre qui vaquait au spirituel. Maintenant, il sera confié à son premier vicaire qui ne pourra jamais avoir aucune véritable délégation ni aucun droit sur les consciences.

Pour vous convaincre davantage de tout ce que j’avance et pour vous prouver que nous ne pouvons prêter le serment sans manquer à la religion et sans nous rendre indignes de notre saint ministère, c’est que moi qui vous parle, après avoir étudié tous les livres saints, après avoir consulté les gens les plus pieux et les plus attachés à notre religion, je verrais mon supplice préparé que je m’y refuserais. C’est ainsi que firent les premiers fidèles en se refusant aux lois injustes des rois du paganisme, c’est ainsi que nous devons faire.

Enfin l’Assemblée Nationale n’a pas plus de droit de donner de nouvelles circonscriptions aux diocèses et aux paroisses que l’Eglise n’en aurait de vouloir faire exercer un juge de paix dans un autre canton que celui qui lui est assigné.

Croyez que si plus des deux tiers du clergé de France, et notamment celui des grandes villes où il est plus instruit qu’ailleurs, s’est refusé au serment, ce n’est pas le regret qu’il a pour les biens d’ici-bas, mais la crainte de perdre son âme.

Au surplus, rien ne peut m’empêcher d’être votre curé. Quand on m’en arracherait de force, je le serais néanmoins. »

 

Arrêté…

La suite ne se fait guère attendre.

Dénoncé par quelques-uns de ses paroissiens, Noël est arrêté le 5 Mars à minuit, enchaîné sur son cheval et emmené à Angers où il est incarcéré à la prison Nationale.

Dès le 16 Mars, il est jugé et condamnée à « se tenir éloigné, pendant deux ans, à la distance de huit lieues de la paroisse du Louroux ».

L’accusateur Public, Choudieu du Plessis, n’est pas content. Il voulait le bannissement du département tout entier. Aussi fait-il appel de la sentence ; et le condamné qui peut choisir ses nouveaux juges, demande à comparaître devant le tribunal de Beaupreau.

 

Et c’est ainsi qu’un jour d’Avril 1791, l’abbé Pinot se trouve enfermé non dans les souterrains du château, comme l’aurait voulu l’accusateur, mais dans un tour où une chambre lui est réservée. Mme la Maréchale d’Aubeterre, recommande le prisonnier à son régisseur, François-Mathieu Gautier, un honnête homme.

De sa prison, le prêtre proscrit peut apercevoir le petit séminaire. Veille-t-il déjà sur les vocations sacerdotales ?

 

Nourri par les paroissiens de Beaupreau, visité par des amis qui profitent de l’occasion pour recourir à son ministère, Noël Pinot déclarera plus tard à son ami, l’abbé Gruget : « je n’ai jamais passé de jours plus agréables que ceux où j’étais en prison dans le château de Beaupreau. »

De la porte du donjon, il n’y a que quelques pas à franchir pour atteindre le tribunal.

Les juges de Beaupreau confirment la sentence d’Angers : Le curé du Louroux ne doit pas retourner dans sa paroisse. Noël Commence alors une vie de vagabond.

 

Il essaie bien de se fixer dans ses anciennes résidences de Corzé et des incurables de 4angers. Mais le danger est trop grand pour le prêtre qui risque par surcroît de compromettre ses amis.

Et voilà le Curé du Louroux qui reprend le chemin des Mauges.

Pendant deux ans, à Beaupreau, à Saint Macaire, et jusque dans le Poitou, il missionne, aide ses confrères, remplace les prêtres exilés. La vie est rude : il faut vivre comme un proscrit, et Noël Pinot à revêtu la tenue des paysans de l’époque : bonnet de laine, veste courte, culotte serrée aux genoux, guêtres retombant sur les sabots de bois.

 

12 Mars 1793

 

A saint Florent le vieil, les conscrits exaspérés, se révoltent. La Vendée se soulève. Elle veut ses bons prêtres !

Sacré-Cœur sur la poitrine, chapelet en main, les soldats improvisés entreprennent la lutte pour leur Dieu.

Cholet, Angers et Saumur sont pris.

Avec un détachement de l’armée Catholique, le Vicomte de Scépeaux, beau-frère de Bonchamps, libère tout le canton du Louroux.

Noël Pinot n’attend pas pour rejoindre sa chère paroisse.

Le 24 Juin, au matin de la Saint Jean-Baptiste, les cloches de l’église sonnent à toutes volée, et le curé, joyeux, chante une messe solennelle.

Joie éphémère !

 

Huit jours plus tard, l’armée Vendéenne se fait écraser sous les murs de Nantes. Le Généralissime Cathelineau est mourant.

Au Louroux, les Sans-Culotte relèvent la tête, l’intrus reparaît.

Noël Pinot va-t-il partir en raison du danger ? Non, il se doit à ses ouailles.

De ferme en ferme, de hameau en hameau, à travers sa vaste paroisse et les paroisses environnantes, il erre parmi les siens. Au risque de sa vie, il assure le ministère, baptise des enfants, enseigne le catéchisme, assiste les mourants, organise même retraite et cérémonie de communion. Ne pousse-t-il pas parfois la témérité jusqu’à s’aventurer dans certaines maisons du bourg…

Mais ses ennemis veillent, devinent sa présence.

Le 23 Août, au cours d’un véritable conseil de guerre, le maire et les conseillers de la commune décident de passer à l’action.

Les perquisitions se multiplient

Noël Pinot se cache : sous un cuvier au hameau de Piard, ou dans le râtelier l’étable à la ferme de la Touche.

Les fidèles s’ingénient à le protéger.

Parmi eux pourtant, comme parmi les apôtres, se glisse un traître. Le curé Pinot avait souvent aidé de ses deniers un certains Niquet, compagnon, charpentier, peu courageux au travail. C’est lui qui, pour 100 livres accepte de livrer le prêtre.

Au soir du vendredi 7 février 1794, l’abbé Pinot se réfugie au hameau de la Milandrie, dans la chaumière de la Veuve Peltier.

Niquet est aux aguets

Il aperçoit son curé dans le jardin, court prévenir la garde. Cinquante hommes encerclent la maison.

« Citoyenne Peltier, au nom de loi ouvrez ! »

M. Pinot ne peut plus s’enfuir. Une huche est là, il s’y cache.

LA perquisition commence. Tout est fouillé. Les soldats ne trouvent rien. Vont-ils repartir sans leur proie ? Le capitaine écume de rage.

Mais voici qu’un lieutenant Robin soulève le couvercle de la huche et le rabat immédiatement. Il a vu le prêtre et veut le sauver. Niquet l’a observé et sa pâleur leur trahit.

« Citoyen Robin, tu as trouvé le calotin et tu veux le cacher. »

Niquet rouvre la huche. M. Pinot est arrêté.

 

 

La Passion de Noël Pinot Commence.

Les mains liées, escorté par les gardes, il parcourt à pied les 5 kilomètres qui séparent la Milandrie du bourg du Louroux. Le voici prisonnier à l’auberge de la Corne. Ses geôliers le fouillent, découvrent sur lui des hosties consacrées, se les donnent les uns aux autres en proférant des blasphème.

Dès ce premier jour de captivité, il comparaît pour un premier interrogatoire devant le juge de Paix du Louroux, François Bison. Comme on lui demande de dénoncer ceux qui l’ont caché :

« Je ne nommerai jamais personne », dit-il.

Dans la matinée du lundi 10, toute la garde nationale s’apprête à mener le prisonnier vers Angers. Lorsque Noël Pinot paraît à la porte de l’auberge, la foule de ses fidèles l’accueille sur la place. Des femmes et des enfants prient et pleurent ; des hommes serrent leurs poings. Malgré sa fatigue Noël Pinot sourit.

Et voilà qu’il sort de sa poche son chapelet, s’approche d’une petite fille, Marie Barrault : « prends ma petite Marie, prends mon chapelet, et garde-le en souvenir de moi. »

Par la Pouèze et saint Clément de la Place, le sinistre cortège gagne le chef-lieu, longue marche de 30 Kilomètres.

Dès son arrivée à Angers, dans la soirée du Lundi, Noël Pinot comparaît devant le comité révolutionnaire qui siège dans le ci-devant évêché. Qualifié de « très contre-révolutionnaire », le curé du Louroux est aussitôt jeté dans un cachot infect de la Prison Nationale. Dès avant le jugement, son sort semble réglé.

Dix jours plus tard, le vendredi 21 Février, la Commission Militaire tient ses assises dans l’ancienne chapelle des Jacobins. Noël Pinot est traîné devant ses soi-disant juges, qui ont à leur tête –circonstance pénible- un prêtre apostat, le citoyen Roussel.

– Qui es-tu ?

– Noël Pinot, né à Angers, paroisse Saint Martin, curé du Louroux, âgé de 47 ans

– Pourquoi n’as-tu pas obéi à la loi ?

– Je voulais instruire ma paroisse dont Jésus Christ m’a chargé.

– Quelles sont les preuves de ta mission ?

– La juridiction que l’Eglise m’a donnée dans la paroisse du Louroux et que l’Eglise seule peut m’ôter.

Il ne reste plus qu’à exécuter la sentence.

En ce vendredi 21 Février, vers trois heures de l’après-midi, Noël Pinot, comme Jésus, va gravir son clavaire.

Vêtu de ses ornements sacerdotaux, accompagné d’une procession sacrilège, il parcourt la rue des poêliers, la rue Saint Laud, passe entre le palais épiscopal et les vieilles maisons du Moyen âge…

… pour déboucher place du Ralliement par la rue Saint Pierre.

 

L’échafaud se dresse approximativement à l’endroit du carré rouge, là où s’élevait encore, deux ans plus tôt, le Maître-Autel de la collégiale Saint Pierre

Noël Pinot gravit les marches.

Le bourreau lui enlève la chasuble.

Et, tandis que, de la fenêtre, l’abbé Gruget contemple la scène et donne à son ami une dernière absolution,

Le tambour bat,

La tête tombe,

L’Anjou compte désormais un protecteur de plus au ciel

Cent trente-deux ans plus tard, le 32 octobre 1926, dans la basilique Saint Pierre de Rome, Sa Sainteté le pape Pie XI proclamera :

 

Bienheureux Noël Pinot, prêtre, curé du Louroux Béconnais !