Dénonciation de la présence de l’abbé Pinot dans le domaine de la paroisse du Louroux-Béconnais :

 

« Aujourd’hui 23 août 1793, nous, maire, officiers municipaux et membres du conseil général de la commune du Louroux, tant convoqués en assemblées extraordinaire au lieu ordinaire de ses séances, le procureur de la commune a dit qu’il a connaissance, par le rapport qui lui a été fait, que le nommé Noël Pinot, ci-devant curé de cette paroisse, y habite journellement et vise à remplir ses prétendues fonctions de curé ;

                Qu’une pareille conduite est attentatoire aux lois et compromettrait sûrement la commune ;

                Qu’on ne saurait prendre trop de mesures pour réprimer un abus aussi dangereux.

                Par ces considérations, il requiert que communication en soit donnée au Comité de surveillance, et réquisitoire à la force armée de faire perquisition, dans toute l’étendue de cette commune, dudit Pinot, et de l’arrêter partout où il sera trouvé, se réservant au surplus toute conclusion sur l’exécution dudit arrêté.

                Vu par les membres du conseil général, l’avis et les conclusions du procureur de la commune :

 

                A été arrêté que, faisant droit sur les conclusions dudit procureur de la commune, présent arrêté sera communiqué au Comité de surveillance ; et provisoirement requiert le commandement de la garde nationale de faire exécuter le présent arrêté et de prendre à cet égard toutes les mesures nécessaires et faire les réquisitions convenables.

                Arrêté en outre que le président (réquisitoire) sera remis sur-le-champ entre les mains d’un des officiers de la garde nationale qui en accusera réception, pour, par lui, prendre les mesures convenables ;

Et copie du présent arrêté sera envoyé, dans le plus court délai, au directoire du district d’Angers, ainsi qu’au directoire du département.

Fait et arrêté les dits jour et an que dessus. »

 

 

Interrogatoire 9 février au Louroux.

 

« Aujourd’hui 21 pluviôse, l’an II de la République une et indivisible, nous François-Marie Bidon, juge de Paix du canton du Louroux-Béconnais, district d’Angers, ayant été requis de nous transporter au bourg du Louroux pour y interroger un individu arrêté par une patrouille de notre garde nationale, nous nous y sommes transporté de suite, où, étant en notre chambre d’audience, assisté du citoyen Livenais, notre greffier ordinaire, nous avons sommé le citoyen Grandin, commandant de ladite patrouille, de nous présenter ledit prévenu ; lequel étant en notre présence et interpellé de nous dire ses nom, âge et profession, a dit s’appeler Noël Pinto, âgé de 47 ans, curé du Louroux-Béconnais.

Interpellé ce qu’il était devenu depuis la Saint Jea dernière, où il était venu publiquement dire la messe au Louroux : a dit que, pendant près de deux mois, il avait été errant sur la commune du Louroux-Béconnais, qu’il avait dit la messe en plusieurs endroits.

                Interpellé chez qui : a dit qu’il ne nommerait personne.

                Interpelé s’il avait dit la messe chez Mathurin Lequeux, de la Glénaie : a dit qu’il l’avait dite chez lui.

                Interpellé s’il n’avait pas envoyé chercher la citoyenne Thouin pour y assister : a dit que non ; qu’il avait seulement envoyé faire des compliments et savoir de ses nouvelles.

                Interpellé s’il n’avait pas été chez le père Robert, de la Touchardais, pour le détourner d’être « patriote » : a dit qu’il était allé chez lui pour lui expliquer la loi de l’évangile.

Interpellé pourquoi il avait cherché  dire du mal et prêché contre les citoyens Péquignot et Virot anciens religieux de Pontron : a dit qu »ils avaient donné le scadale en prêtant serment et qu’il voulait détromper le peuple.

Interpellé à qui étaient tous les ornements nécessaires pour dire la messe qui avaient été trouvés avec lui : a dit qu’il avait pris dans le Poitou, mais qu’il ne se souvenait pas du nom de la commune.

Interpellé s’il n’avait pas acheté la veste qu’il avait dans la commune du Louroux : a dit qu’il ne nommerait jamais personne.

Interpellé s’il avait été chez Augereau, de Chanteloup : a dit qu’il n’avait rien à répondre, qu’il était décidé à ne charger personne.

Interpellé s’il y avait longtemps qu’il se retirait dans la maison où il a été pris, chez la veuve Peltier : a dit qu’il n’y était entré que d’aujourd’hui ; que la femme n’y était pas, qu’il s’était caché dans un coffre, en entendant la garde.

Interpellé s’il y était retiré d’autrefois : a dit que non.

Interpellé s’il avait suivi les armées et s’il avait été à Château-Gontier : a dit n’avoir jamais suivi les armées.
                Lecture à lui faite de sa déposition et requis de signer,

Y a satisfait

                                                                                                              Noël Pinot.

 

Sur ce, nous juge de paix du canton du Louroux-Béconnais, d’après l’interrogatoire ci-dessus, mandons et ordonnons que le nommé Noël Pinot, se disant curé du Louroux, sera conduit par la force armée au Comité révolutionnaire d’Anger, et que la veuve Peltier sur l’assertion de tous les citoyens qui assurent qu’elle n’a jamais été réfractaire à la loi et que ce n’est que d’aujourd’hui que ledit Pinot a été chez elle, ordonnons que les chasubles, calice, petits bondieux et autres joujoux de cette espèce seront transportés audit comité. »

 

 

 

 

Mandat d’expédition de Grandin pour aller à Angers avec Pinot.

« De par la Loi,

François-Marie Bidon, juge de paix du canton du Louroux-Béconnais, mandons et ordonnons au citoyen Grandin, capitaine de la garde nationale du Louroux, de conduire au comité révolutionnaire à Angers le nommé Noël Pinot, prêtre réfractaire et ci-devant curé du Louroux, convaincu d’avoir fomenté la guerre civile dans ladite commune et excité à la révolte plusieurs habitants de la commune pendant plus de deux mois qu’il se tenait caché dans ladite commune et autres faits à sa charge, qui sont relatés dans son procès-verbal d’interrogatoire, fait par nous.
Requérons tout dépositaire de la force publique, auquel le présent mandat sera notifié, de prêter main-forte pour son exécution en cas de besoin.

 

10 février : arrivée de Noël Pinot à Angers. au comité de surveillance qui édite un reçu :

« Le comité a reçu du citoyen Bidon, juge de paix de la commune du Louroux, le procès-verbal du curé-réfractaire de ladite commune. »

 

Registre du comité :

« Le 22 pluviôse : incarcération du prêtre réfractaire Pinot, ex-curé du Louroux-Béconnais : Très contre-révolutionnaire. »

 

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